La tête dans les nuages

Wendelin Werner, 38 ans, est le huitième français à recevoir la Médaille Fields. Cette distinction est la plus prestigieuse récompense dans le domaine des mathématiques, et est souvent considérée comme l’équivalent des Prix Nobel pour les mathématiques. Mais Wendelin Werner est aussi le premier « probabiliste » à être récompensé par le jury. « L’image des probabilités a changé. Les idées probabilistes deviennent importantes dans d’autres branches des mathématiques », constate le jeune lauréat. Pourtant, force est de constater que les maths n’ont pas la côte auprès des étudiants français : les filiaires scientifiques (mathématiques, physique, sciences de l’ingénieur et chimie) attirent de moins en moins de candidats. Pourquoi?

La faute reviendrait-elle aux mathématiciens eux-même ? Prenons un exemple : Grigori Perelman, le mathématicien russe lui aussi lauréat en 2006 n’est même pas sorti de sa retraite pour venir chercher sa récompense… En 2003, il s’était pourtant rendu aux Etats-Unis pour expliquer ses travaux (il avait alors apporté une démonstration d’un des 7 « problèmes du millénaire », à savoir la conjecture de Poincaré) et s’est depuis retranché du devant de la scène, laissant 3 groupes de mathématiciens à travers le monde se pencher sur sa démonstration pour en vérifier sa validité… Pour l’instant, ils s’accordent à penser que la démonstration de Perelman tient la route.

On se rend bien compte au travers de cet exemple que le sens même de « vérité mathématiques » perd de sa substance. Que penser en effet de cette démonstration de la conjecture de Poincaré que seul une dizaine de personnes sur terre sont capables de comprendre ? Peut-on placer cette « vérité » au même niveau que les théorèmes de Pythagore pour lesquels il existe des centaines de démonstrations et pour lesquels tout le monde (ou presque) a eu l’occasion d’en constater l’exactitude…

Un autre exemple ? Que penser alors de l’attitude d’Andrew Willes qui a démontré le théorème de Fermat en 1997, après 7 années de recherche, et de solitude, cloitré dans sa maison de la banlieue de Cambridge? Aujourd’hui, la vie des mathématiciens ne fait pas vraiment rêver…

On peut aussi se poser des questions quant à l’intéret pratique des mathématiques dans notre vie de tous les jours ou de leurs éventuelles applications dans l’économie. En effet, notre chercheur lauréat s’intéresse « aux marches aléatoires » comme par exemple le mouvement brownien d’un grain de pollen dans un liquide, ou la percolation de l’eau dans le café, ou encore l’apparition de phénomènes magnétiques dans les matériaux…

Pourquoi alors, les mathématiques conservent-elles une part aussi importante dans l’enseignement ? Pourquoi va-t-on même, pour les concours aux grandes écoles de commerce par exemple, privilégier les mathématiques à l’économie ? La réponse est simple : les mathématiques restent LA meilleure discipline pour repérer les meilleurs candidats.

Grâce aux maths, les meilleurs candidats peuvent facilement faire la différence et sortir du lot ; mais surtout, les maths sont une valeur sûre : aux concours, votre note en maths ne dépendra pas (contrairement à une épreuve de philo par exemple), de l’humeur du correcteur ou de l’intitulé de l’énoncé. Elle permet aussi de déceler chez les étudiants la rigueur, la rapidité d’esprit, et l’intuition, qui sont 3 qualités indispensables pour prétendre intégrer une Grande Ecole.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :